Date de publication : 09/12/2025
Par Marion Braida
Les traumatismes subis durant l’enfance peuvent avoir des conséquences considérables sur le développement psychologique, physique, et neurobiologique de l’individu, en affectant même le quotidien de la personne que en est profondément impactée.
Les effets des traumatismes infantiles persistent à l’âge adulte si non traités avant, influençant le comportement, la santé mentale et physique, mais aussi l’expression des gènes.
Les traumatismes durant l’enfance
Les traumatismes de l’enfance incluent par exemple:
• Abus (physiques, sexuels, émotionnels)/ Expériences de mort.
• Négligence / Menace (affective ou physique).
• Exposition à des violences domestiques/ de la torture.
• Perte ou abandon par un parent.
• Catastrophes naturelles ou conflits armés.
→ Distinguons également que le psychotraumatisme peut être crée car l’enfant est victime ou exposé (a vu/entendu quelque chose).
(gr. traùma = plaie, blessure) C’est un atteinte immédiate et suprême à l’intégrité physique, quelque chose qui envahit la victime. Tout trauma n’est pas psychotraumatisme mais demeure dans la mémoire corporelle comme un corps étranger non assimilé.
D’un point de vue psychologique
•Anxiété et peur constantes : les enfants traumatisés développent souvent une hypervigilance.
•Troubles du comportement : agressivité, repli sur soi ou comportements compulsifs.
•Problèmes d’attachement : difficultés à faire confiance aux autres, dépendance excessive ou évitement.
•Difficultés scolaires : troubles de l’attention, faible estime de soi.
D’un point de vue physique
•Risque accru de maladies chroniques (asthme, maladies auto-immunes).
•Problèmes de sommeil (insomnies, cauchemars).
D’un point de vue neurologique
•Développement altéré des régions cérébrales associées à la régulation émotionnelle (ex. : amygdale, hippocampe).
•Perturbations du système de stress (axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien).
Le psychotraumatisme n’est pas que conscient. Les points de tensions s’enveloppent dans la mémoire que garde le corps, des expériences douloureuses, comme vu dans l’expérience du Docteur Claparèdes menée en 1911: une patiente amnésique, qui "ne garde rien en mémoire" puisqu’une lésion cérébrale est en cause, redécouvrant chaque jour le neurologue qui se présente à elle. Pourtant, chaque fois qu’il l'a salut par un serrage de main il garde une punaise dans la paume (intégration de la douleur).
Les jours suivant, le visage du neurologue ne lui rappelle rien (pas de souvenirs de la personnes) mais elle est comme prédisposée au danger, relié par la main, qu’elle refuse de serrer.
Le psychotraumatisme, s’il n’est pas que conscience, mène à un enregistrement, une mémoire de douleur. Le corps tente de se protéger, par la courbure, l’évitement, le contrôle ou autre moyen de protection: il a en mémoire sa vulnérabilité.
Les effets des traumatismes sur l’adulte
Les symptômes sont parfois similaires à ceux que la personne présente dans l’enfance.
De façon très générale, voici les indices et symptômes qui sont connus après un ou des épisodes traumatiques:
• Trouble de stress post-traumatique (TSPT) : flashbacks, cauchemars, évitement.
• Dépression et anxiété généralisée.
• Addictions : les substances peuvent être utilisées pour anesthésier la douleur émotionnelle.
• Relations dysfonctionnelles : peur de l’abandon, conflits, dépendance affective.
Les symptômes peuvent varier en intensité et incluent également :
• Hypervigilance : Sensibilité extrême aux menaces perçues.
• Dissociation : Sentiment de détachement du corps ou de la réalité.
• Colère excessive ou irritabilité.
• Comportements autodestructeurs : Automutilation, comportements à risque.
• Difficultés de mémoire et de concentration.
→ Pas toutes les personnes rencontrent les mêmes symptômes, rapprochez vous d'un professionnel de la santé mentale pour échanger au besoin (seul le psychiatre pose le diagnostic).
La santé physique peut être touchée (maladies expressives d’ordre psychosomatiques ou non), exemple:
Maladies cardiovasculaires et métaboliques;
Troubles gastro-intestinaux;
Risques accrus de douleurs chroniques.
Les victimes de psychotraumatismes ont des vulnérabilités sur les plans sociales et professionnels:
Évitement des responsabilités;
Difficultés à maintenir ou chercher du travail;
Incapacité à maintenir des relations stables;
Mécanismes de défense qui entachent le travail professionnel;
Sur contrôle par des postes importants; etc
Les effets dans le cerveau
Ces expériences activent le système de stress de l’enfant de manière chronique, ce qui peut avoir des répercussions qui semblent durer dans le temps.
Ces épisodes traumatogènes causent des altérations cérébrales
•Amygdale : les études relatent une hyperactivité, entraînant une amplification des réponses de peur et de stress. C’est la structure cérébrale qui contrôle le déclenchement des réponses émotionnelles. Donc, en cas de « danger », elle va alerter les fonctions supérieures en faisant sécréter les hormones de stress (adrénaline, cortisol) afin de donner la capacité énergétique de survivre (fuite, combat).
•Hippocampe : ces mêmes recherchent montrent une réduction de sa taille, affectant la mémoire et la régulation émotionnelle.
•Cortex préfrontal : diminution de son activité, réduisant la capacité à contrôler les émotions.
Le système de stress est suractif
•Une activation chronique de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien provoque une libération excessive de cortisol, entraînant une usure des systèmes corporels.
La sidération traumatique: c’est une paralysie des fonctions du cortex. La personne est comme tétanisée, pétrifiée et incapable de se protéger.
Face à l’absence de réponse, l’amygdale fait augmenter sa réponse émotionnelle au plus possible. Ce sur-régime avec le taux de stress toxique observé peut provoquer des maladies cardiaques ou vasculaires, et donc un risque vital.
Une voie de secours parfois prise par le cerveau dans ce type de difficulté est la déconnection par dissociation partielle ou complète: le cortex pré frontal ne reçoit plus d’activité émotionnelle. Les stimulus continuent d’arriver jusqu’au thalamus sans connotation émotionnelle. On parle ici de dissociation traumatique. La mémoire traumatique s’installe ici, bloquée dans l’amygdale comme implicite et émotionnelle (2014, Salmona M).
Les traumatismes et l’épigénétique
Les traumatismes peuvent modifier l’expression des gènes via des mécanismes épigénétiques :
• Méthylation de l’ADN : certains gènes liés à la régulation du stress sont “désactivés”, ce qui peut provoquer une réponse exagérée au stress.
• Transmission transgénérationnelle : les enfants de parents traumatisés peuvent hériter de ces altérations, augmentant leur vulnérabilité aux troubles mentaux.
Exemple : Une étude sur les enfants de survivants de l’Holocauste a montré des modifications épigénétiques spécifiques. Le cerveau et le corps de chacun d’eux (alors qu’ils n’ont pas vécu le traumatisme) était comme « prédisposés » de par les comportements et les réactions de chacun d’eux, exprimés dans le quotidien.
L’importance de traiter le psychotraumatisme en thérapie
Aborder le trauma pour éviter des séquelles plus importantes (handicapantes dans le quotidien)
→ Ignorer un traumatisme peut entraîner des comportements compensatoires (addictions, isolement).
Le traitement permet de “réécrire” les souvenirs traumatiques et d’apaiser les réponses émotionnelles.
Quelques approches thérapeutiques efficaces
Hypnothérapie
• Permet d’explorer les souvenirs traumatiques dans un état de relaxation.
• Travail sur les mécanismes de dissociations
• Favorise une reprogrammation des perceptions émotionnelles.
Art-thérapie
• Offre un moyen d’expression non verbal pour libérer les émotions enfouies.
• Support très important pour le retravail du sensoriel dans le trauma.
Thérapie cognitive et comportementale (TCC)
Efficace pour travailler sur les pensées intrusives et les comportements dysfonctionnels.
EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires) Méthode scientifiquement prouvée pour traiter les souvenirs traumatiques.
Psychoéducation
• Comprendre l’effet du trauma sur son corps et son esprit.
Psychogénéalogie
Si il y a une source épigénétique, un besoin de compréhension, ou un enfermement de l’enfant/adulte dans la projection parentale.
Médication.
Conclusion
Traiter les traumatismes de l’enfance est essentiel pour prévenir leurs conséquences à long terme. Que ce soit par des approches modernes comme l’EMDR ou créatives comme l’art-thérapie, une prise en charge adaptée peut permettre aux patients de retrouver un équilibre psychologique et physique.
Sources
Van der Kolk, B. (2015). Le corps n'oublie rien.
Teicher, M. H., & Samson, J. A. (2016). “impact of childhood trauma on brain development.” Neuropsychopharmacology Reviews.
Yehuda, R., et al. (2015). “Epigenetic mechanisms of trauma and PTSD.” Nature Reviews Neuroscience.
BIRBAUMER, N. et al. (1995). « The Corticalization of Chronic Pain ».
© Bob Price